Froebel

Friedrich Froebel

Friedrich Wilhelm August Froebel naît le 21 avril 1782 à Oberweissbach en Thuringe, sixième enfant d'une famille de pasteur luthérien. Son enfance est marquée par le décès précoce de sa mère, l'environnement religieux rigoriste dans lequel il est élevé et des contacts privilégiés avec la nature. Il apprend d'abord le métier d'arpenteur. En 1799, il commence des études de sciences naturelles à l'Université de Iéna, qu'il doit toutefois interrompre pour des motifs financiers. Il travaille à nouveau comme arpenteur et il se plonge dans la lecture des ouvrages des philosophes de l'idéalisme allemand. Sa carrière pédagogique débute en 1805. Il est d'abord enseignant à l'école expérimentale Pestalozzi à Francfort. Il se rend à deux reprises à Yverdon dans l'institut du pédagogue suisse Johann Heinrich Pestalozzi: en 1806 pour un séjour de quelques semaines, puis en 1808-1810 où il accompagne les fils de la famille von Holzhausen de Francfort dont il est le précepteur. Fröbel partage avec Pestalozzi le souci d'une formation globale de l'enfant qui englobe la tête, le coeur et la main, et la conviction du rôle prépondérant de l'éducation maternelle. En 1811, il reprend des études de sciences à Göttingen, puis à Berlin. En 1816, il fonde l'Institut général allemand d'éducation à Keilhau (Thuringe), un internat pour garçons. Entre 1831 et 1836, il séjourne en Suisse où il dirige notamment une institution d'éducation dans le canton de Lucerne puis à Berthoud. De retour à Thuringe en 1837, il se tourne alors plus particulièrement vers l'éducation du jeune enfant: il développe sa théorie du jeu, fonde le premier jardin d'enfants en 1840 et met sur pied la formation des jardinières d'enfants. En 1844, il publie Les causeries de la mère destinées à l'éducation des tout-petits. Fröbel a été marié deux fois, mais ces deux unions sont restées sans enfants. Il décède le 21 juin 1852 à Marienthal (Thuringe). Un axe principal de sa pensée pédagogique, qu'il développe notamment dans L'éducation de l'homme paru en 1826, est la notion d' "unification de la vie": la réalité, bien que contradictoire, tend toujours à l'unité qui se manifeste en Dieu. L'éducation doit aider à la médiation, à l'intégration du moi et de l'objet, de l'intérieur et de l'extérieur. Cette idée est aussi à la base de sa conception du jeu, qui occupe une place prépondérante au sein du jardin d'enfants et pour lequel Fröbel crée un matériel pédagogique spécifique composé de "dons" et d' "occupations" qui constitue un ensemble cohérent englobant solides, surfaces, lignes et points.Dissémination des idées de Fröbel en Suisse (romande)Les idées de Fröbel essaiment rapidement au-delà des frontières de l'Allemagne, et notamment en Suisse. Un premier Kindergarten, fondé en 1845 à Zürich, ne connaît qu'une existence éphémère. Ce n'est qu'à partir de 1864 que le Kindergarten s'implantera progressivement en Suisse alémanique. 

En Suisse romande, le premier jardin d'enfants froebélien privé est fondé à Lausanne en 1860. D'autres seront créés dans les années suivantes à Genève (1861), puis à Neuchâtel (1862). Les idées froebéliennes rencontrent l'intérêt de nombreux pédagogues, maîtresses de l'écoles enfantines et politiciens de l'éducation. Dans plusieurs cantons suisses romands (Vaud, Genève et Neuchâtel notamment), la "méthode Fröbel" devient ainsi, dès les années 1870 et jusqu'au lendemain de la Première Guerre mondiale, la méthode de référence dans les écoles enfantines publiques qui voient le jour à partir de ces années. Contrairement à la Suisse alémanique, ce n'est pas la formule du jardin d'enfants qui se généralise dans la plupart des cantons romands où l'école enfantine est progressivement rattachée au système scolaire. Si des éléments de la pédagogie froebélienne (en particulier le matériel de jeu) sont intégrés dans les programmes des écoles enfantines, c'est parallèlement, voire au service même d'apprentissages scolaires, ce qui ne correspond guère à la conception du pédagogue allemand. Pour lui, le Kindergarten n'était pas destiné à la transmission de savoirs scolaires de base tels que lire, écrire, calculer, mais au développement général des capacités du jeune enfant à travers le jeu, le mouvement et la culture de petits jardins. C'est donc de manière sélective que les actrices et acteurs de la scène pédagogique de suisse romande se sont approprié les idées de Fröbel. 

Zoom sur le canton de Vaud Le premier jardin d'enfants de Suisse romande est créé dans la capitale vaudoise en 1860 à l'initiative d'Edouard Raoux (1817-1894), professeur de philosophie à l'Académie de Lausanne. Il dirige lui-même le jardin d'enfants, assisté successivement par deux institutrices. L'institution, qui compte une quinzaine d'enfants en 1860, ferme ses portes en 1862 déjà. Entre 1859 et 1862 son fondateur développe une intense activité éditoriale autour du jardin d'enfants fröbelien (Raoux 1859, 1860, 1861, 1862). Un autre jardin d'enfants fröbélien, fondé en 1866 à Lausanne par une institutrice allemande, connaît lui aussi une existence éphémère. C'est dans les écoles enfantines publiques qui voient le jour dans le canton de Vaud suite à la loi sur l'instruction publique primaire de 1889 que la pédagogie de Fröbel va être reprise de manière plus durable. Le règlement sur l'organisation des écoles enfantines de 1895 prévoit ainsi que l'enseignement dans les classes se donne "au moyen du matériel Fröbel et consiste surtout en exercices intuitifs ou de langage, en occupations manuelles et en jeux accompagnés de chants. Il comprend de plus, pour la division supérieure, des éléments de la lecture, de l'écriture, du dessin et du calcul" (art. 6). Ce même règlement contient également des dispositions relatives à la formation des maîtresse enfantines. Parmi les disciplines enseignées, on trouve notamment "la didactique du jardin d'enfants (exposé théorique des occupations fröbeliennes)" (art. 42 b). Dès 1895, des cours spéciaux sont instaurés au sein de l'école normale pour les institutrices des classes enfantines, au sein de la section... froebélienne. Omniprésence donc de la mention de Fröbel dans les dispositions légales, les plans d'études, dans la formation des maîtresses enfantines, et ce jusque dans les années 1920, où c'est la méthode Montessori qui prendra progressivement le relais.